• • La Trialectique en question

    La Trialectique en question

    Si on se balade sur Internet, on verra que le mot trialectique a été repris par certains courants de pensée et par certains chercheurs, et n’a pas toujours le sens originel que lui a donné Oscar Ichazo, qui a formalisé cette logique de pensée et lui a donné ce nom. Comme pour l’ennéagramme, la création novatrice et originale d’Ichazo a été parfois détournée et utilisée dans d’autres contextes.
    Robert Horn a travaillé avec Oscar Ichazo à la fin des années 70 et au début des années 80. Lors d’un de ses voyages en France, vers 1985, dans une période où j’organisai parfois des stages Arica en France, « le réseau » le dirigea vers moi et j’eus la chance avec mon épouse de le loger quelques jours et d’échanger avec lui sur divers sujets dont la trialectique. À son départ, il m’offrit son livre en anglais « Trialectics » qui est un peu comme les actes d’un colloque et qui rassemble les points de vue et applications de la trialectique vus par différents chercheurs ou penseurs dans plusieurs domaines.
    Pour se familiariser avec les trois « lois » de la trialectique formalisées par Oscar Ichazo, il faut comprendre qu’elles représentent une évolution des trois lois énoncées à travers la dialectique hégelienne, issues elles-mêmes des trois lois de la logique formelle d’Aristote expliquant la réalité.

    Pour expliquer la théorie d’Ichazo, je consacre du temps et des exercices pratiques pendant mes stages, l’expérimentation permettant une compréhension plus rapide.
    Pour en revenir au livre de Bob Horn, j’avoue qu’il est resté avec sa dédicace, sur mes étagères pendant de longues années avant que je me décide à le lire avec le « Harrap's » à mes côtés. Les points de vue des chercheurs qui se succèdent comme auteurs des différents chapitres sont certes passionnants mais nous éloignent un peu du travail d’Ichazo. J’ai trouvé d’autres textes et conférences de Bob Horn qui m’ont éclairé et aidé pour la conception de mon stage et mon travail de formateur. J’en donne des extraits traduits avec mes livrets de fin de stage, et j’ai voulu ici présenter seulement la traduction du premier chapitre de « Trialectics » de Robert Horn. C’est un peu « une introduction à la trialectique » et Robert Horn est l’auteur de ce premier chapitre.( Le livre n’a jamais été traduit en français et est, aujourd’hui, malheureusement épuisé et/ou introuvable).

    Jean-François BEDEL.

    À propos de l’auteur

    Robert Horn a fait des conférences dans de nombreuses universités (Harvard, Columbia, American, Sheffield). Il est l’auteur de cinq livres et l’éditeur de deux autres dans lesquels il a aussi écrit un certain nombre d’articles techniques. Son dernier livre « Mapping Hypertext » est publié par le Lexington Institute. Il est le Fondateur et le Président du Lexington Institute et le PDG d’Information Mapping, Inc ., un cabinet de conseil en communications.


    Introduction à la Trialectique
    (Traduction du premier chapitre du livre « Trialectics » de Robert Horn).

    Le contexte
    Une nouvelle perspective attendue
    Nous avons vu, avec le 20ème siècle, (et le début du 21ème) se produire des changements profonds et fondamentaux, dans notre façon de percevoir la réalité. Les progrès qui ont contribué à ces changements se sont produits dans différents domaines. Il y a eu ainsi des avancées scientifiques fondamentales en Physique. Et nous sommes aujourd’hui également confrontés à un réseau de plus en plus complexes de problèmes liés à l’économie internationale, au domaine social et à l’environnement. Les développements technologiques ne cessent d’accroître la vitesse avec laquelle nos informations et nos problèmes se transmettent sur l’ensemble de la planète.
    Si différents soient-ils, tous ces types de développement convergent vers la même conclusion : notre monde est une Unité. Et notre vénérable tradition occidentale qui continue d’étudier cette unité en la découpant en morceaux, est devenu un moyen de compréhension bien limité. Nous avons sérieusement besoin de nouvelles perspectives qui aillent au-delà d’une simple reconnaissance intellectuelle de l’unité du réel, et qui nous munissent d’outils efficaces pour appréhender cette unité.
    Le point de vue holistique
    Cette approche est présente, chez un certain nombre de penseurs contemporains, dont la liste est déjà conséquente : Buckminster Fuller parle de « synergétique », Ludwig Von Bertalanffy de « système général de pensée », Norbert Wiener de « cybernétique », Lancelot Law White de « pensée unitaire », Grégory Bateson d’ « écologie de l’esprit », Kenneth Boulding d’« écodynamique ». (* à rajouter quelques penseurs européens et français, peut-être plus proches de nous : Jean Piaget, Herbert Simon, Edgar Morin, Jean-Louis Le Moigne, Basarab Nicolescu, Stéphane Lupasco, etc).Ces auteurs partagent tous un point de vue holistique, dont l’émergence influence la façon dont nous nous interrogeons sur nous-mêmes, sur nos processus de pensée et sur le monde qui nous entoure.
    La Logique trialectique
    « La Logique Trialectique » est l’appellation que donne Oscar Ichazo, à cette perspective. Pour exprimer ce qu’il entend par la trialectique et ses buts, il écrit : « Nous devons aboutir à une nouvelle sorte de logique, une logique qui exprime l’unité, afin de trouver les lois qui expliquent l’unité. C’est cela la trialectique ». Le présent ouvrage est le résultat de la première tentative faite pour observer systématiquement quelques-unes des implications et des applications de l’idée d’Ichazo de logique trialectique.
    La tradition de la Philosophie Éternelle
    La contribution d’Ichazo à ces dialogues, est, à certains égards, unique. Bien qu’il ait peu publié depuis des années, il a été un conférencier fécond et un talentueux enseignant. Tout en évaluant son apport, il est important, au départ, de reconnaître sa position en ce qui concerne deux importantes traditions intellectuelles.
    C’est sur la méthodologie du changement, appliquée à l’être humain, et cela dans le sens le plus profond et transcendantal, qu’il s’est, dès l’origine, principalement concentré. Cet aspect de son travail fait partie de cette grande tradition philosophique qu’Aldous Huxley appelle « la Philosophie Éternelle ». Il a ainsi mis au point, dans les dernières décennies, un cursus complet rassemblant des centaines de techniques dans des stages de développement, impliquant l’émotionnel, le physique et le mental.
    La tradition métaphysique européenne
    Sur le plan intellectuel, pourrait-on dire, les conférences érudites d’Ichazo sur l’histoire, la philosophie et la logique, confirment qu’il est dans la lignée d’une longue tradition européenne de philosophie métaphysique. Cette tradition n’est pas bien représentée dans la communauté philosophique et académique américaine. Les textes d’Ichazo sont parfois des défis difficiles à relever, même pour des lecteurs américains de bon niveau, car il fait, à l’occasion, la supposition que son auditoire est familiarisé avec les travaux de Bacon, Hegel, Kant, Marx et Heidegger.
    Logique : l’utilisation d’Ichazo
    L’utilisation par Ichazo du terme « logique » pour décrire la trialectique est un cas d’espèce. Les sens qu’il donne à ce mot est fortement apparenté à celui qu’en donne Hegel et Marx qui critiquaient la logique formelle d’Aristote parce qu’elle est incapable de décrire le changement qui est une composante si importante de la réalité. Il utilise ici ce terme dans un sens ouvertement métaphysique, parce qu’il présume que les lois de la logique sont des descriptions de « Ce qui Est » (des choses En soi). Bien que ce sens ait une longue histoire dans la pensée occidentale, ce n’est pas de cette façon que le mot « logique » est utilisé par les philosophes analytiques contemporains dans notre pays. Depuis les travaux de Frege et de Russel, vers le début du siècle, et l’identification consécutive de la logique avec les mathématiques, la logique symbolique a cessé d’être considérée comme métaphysique. À la place, ses lois sont utilisées pour faire référence à des « énoncés » et non à des « choses » et des énoncés qui soient vrais ou faux sur la base de leur forme et non de leur contenu. Vue sous cet angle formel, et depuis que la logique ne dit plus rien sur la nature, la contradiction entre l’état statique des énoncés logiques et la dynamique des processus naturels débouche sur une impasse. Notre propos n’est pas de discuter des mérites comparés des deux sens attribués au mot logique. De fait, un tel débat ne serait pas une activité particulièrement utile, même si Dell’Olio parle de nouvelles tendances dans la communauté philosophique américaine, suggérant l’émergence possible d’une conception de la logique, en lui attribuant une gamme plus large de significations.
    Les arguments métaphysiques développés par Ichazo peuvent être étudiés de diverses façons. C’est ce que ce livre se propose de faire en abordant le sujet sous un angle différent à chaque chapitre. Aucune approche ne sera laissée de côté, afin justement de ne pas alimenter la polémique et la confusion possibles entre les différents sens que l’on donne au mot « logique » dans des voies traditionnelles et concurrentes.
    La Trialectique et le paradigme transcendantal
    Peut-être que la contribution la plus décisive d’Ichazo et qui fait de lui un des représentants majeurs dans l’articulation de ce que Ken Wilber appelle le nouveau « paradigme transcendantal », est la passerelle qu’il tend, sur le fossé profond qui sépare les pratiques mystiques intraduisibles par le langage et les analyses métaphysiques qui ne s’appuient pas sur l’expérience. Le propos de ce livre est de mettre l’accent sur les rapports de la trialectique avec une large variété de disciplines académiques et n’abordera, de ce fait, qu’une partie du travail d’Ichazo.
    Elle succède à la dialectique
    Comme son nom le laisse entendre, la logique trialectique, par rapport à la logique dialectique d’Hegel et de Marx, est considérée par Ichazo, comme, l’affinant et lui succédant dans un certain sens. La dialectique était une tentative pour développer une philosophie traitant clairement de la problématique du changement et elle l’a fait en mettant l’accent sur l’opposition, le conflit et la contradiction à l’intérieur des processus. Kenneth Boulding dans son livre « Ecodynamics » (Beverly Hills : Sage, 1981) identifie « le conflit et la lutte comme une composante essentielle dans la définition de la dialectique ». « Plus un processus implique le conflit, plus il est dialectique ». L’importance de cette philosophie, dans le monde d’aujourd’hui est indiscutable.
    La trialectique est aussi une philosophie du changement, mais avec une perspective radicalement différente. Elle met l’accent sur l’attraction plutôt que sur la coercition et reconnaît qu’il existe une unité cachée même sous des conflits apparemment sans solution.
    Les relations avec les « dialectiques » récentes
    Cent cinquante ans ont passé depuis la mort d’Hegel et la dialectique a grandi et s’est développée pendant cette période. La définition de la dialectique, telle que l’entend Ichazo, est tout à fait proche de celle que l’on trouve dans des ouvrages tels que « La Dialectique de la Nature » de Frédérick Engels (NY. International Publisher, 1940) et « Une introduction à la logique du Marxisme » de George Novack (NY. Pathfinder Press, 1971). Toutefois les auteurs des différents chapitres qui vont suivre, reconnaissent l’existence de formes encore plus subtiles de dialectique, spécialement parmi les Marxistes Scientistes contemporains. (Voir La Dialectique du Groupe de Biologie, « Against Biological Determination » et « Towards a liberatory Biology » (London, NY : Allison & Busby, 1982) et les récentes publications du journal « Science & Nature ». Ces « dialecticiens sophistiqués » semblent avoir progressé bien au-delà des raisonnements les plus orthodoxes de la dialectique. Jusqu’à quel point ont-ils pu se rapprocher de quelques-unes des positions de la trialectique ? Cela, pour l’instant, n’est pas très clair.
    L’appel de Maruyama pour une nouvelle logique
    D’autres théoriciens ont également noté l’émergence d’une « nouvelle logique ». Citons, l’anthropologiste et théoricien des systèmes, Magoroh Maruyama (extrait d’un chapitre intitulé « Towards Cultural Symbiosis » in Evolution & Consciousness : Human System in Transition, édité par Éric Jantsch et Conrad H. Waddington - Reading, MA : Addison. Wesley, 1976). « Nous sommes, dit Maruyama, dans une période transitoire, entre la vieille logique traditionnelle de l’occident, qui a 2500 ans et une nouvelle logique. Et c’est plus qu’une transition d’un paradigme vers un autre. Pour les personnes qui n’ont toujours suivi qu’une seule et unique voie, c’est très difficile de subir de telles transitions paradigmatiques et épistémologiques. Pour elles, être confrontées à d’autres façons de penser, est une expérience traumatisante. Si elles réalisent qu’il y a effectivement d’autres façons de penser, et que leurs vérités sont remises en question, elles ont l’impression que c’est l’univers entier qui s’écroule. Beaucoup réagissent à ce traumatisme en renforçant leurs croyances personnelles et en restant de plus en plus sur la défensive ».
    La « logique émergente », que propose Maruyama, présente les caractéristiques suivantes : « mutualiste, hétérogène, symbiotique, dans l’interaction, qualitative, relationnelle, contextuelle ».
    Varéla et la logique de l’auto-référence
    Francisco Varéla, un pionnier dans la recherche de la logique appliquée aux « systèmes d’ensemble », a signalé : « Je suis arrivé à la conviction que la clé pour comprendre les systèmes dans leur intégralité est de comprendre qu’ils sont organisés sous forme circulaire. Cela veut dire que chaque partie inter-agit avec chaque autre partie. Cela nous donne un système totalement auto-référent ». Cela signifie que la logique ordinaire échoue lorsqu’elle tente d’appliquer un raisonnement classique vis-à-vis de tels systèmes. (Les citations ci-dessus proviennent d’une interview de Varéla dans Co-Evolution Quaterly, Été 1976, 26-31).
    Varéla remarque qu’une cybernétique, capable d’observer les systèmes et qui irait plus loin que celle des années 50 et 60, serait maintenant nécessaire.
    Varéla insiste sur la nécessité d’intégrer une logique et une épistémologie qui se puissent se concentrer sur les limites, et particulièrement sur les limites générées par nos points de vue individuels.
    Et cela place Varéla dans une position tout à fait semblable à celle d’Ichazo. Varéla met en avant le fait que la compréhension de nos limites nous conduit à une méta-compréhension de l’humanité. Si nous sommes tous d’accord avec le fait que notre réalité habituelle est une réalité, alors ce que nous pouvons fondamentalement partager est notre capacité à construire une réalité. Ainsi, peut-être pourrons-nous nous mettre d’accord sur un méta-contrat, pour programmer une réalité allant dans le sens de la survie et de la dignité pour tous, sur cette planète, plutôt que de laisser chaque groupe humain s’épuiser de son côté à faire les choses à sa façon. De fait, l’auto-référence (dans le sens de la capacité à se remettre en question) est, en ce qui me concerne, le nerf de cette « logique du paradis » qui pourrait être, pour l’humanité, la possibilité d’une « survie commune dans la dignité ». Les idées de Varéla sont largement développées dans Principles of Biological Autonomy (New-York : North Holland, 1979). 

    L’Histoire de la Trialectique
    Premières conférences
    C’est, en 1960, lors d’une série de conférences, qu’Oscar Ichazo présenta pour la première fois les concepts de la trialectique. Depuis, des présentations ont été faites par Ichazo et d’autres conférenciers à l’Institut Arica de New-York, et ailleurs, lors de séminaires Arica.
    Première publication de base
    On peut trouver une courte évocation de la trialectique dans le livre d’Ichazo The human Process for Enlightenment and Freedom (New-York : Arica Institute, 1976). Ichazo écrit, entre autres : « Il est nécessaire de comprendre que si l’unité doit se faire parmi les êtres humains, cela se produira parce que nous aurons accompli cette unité grâce aux moyens de la raison, aux moyens de la science et non par nos bonnes intentions. Bien que la bonne volonté soit une qualité forte et positive, cela ne suffit pas, et cela l’histoire de l’humanité nous l’a prouvée jusqu’à l’écœurement. Nous devons nous entendre sur ce qu’est notre psyché et reconnaître notre réalité spirituelle. »
    Écrit par Jantsch
    Éric Jantsch, qui étudie les sciences dans leurs impacts politiques, écrit dans son livre Design for Évolution : Self Organization and Planning in the Life of Human Systems (New-York :Braziller, 1975) : « Le monde, d’un point de vue mythologique, présente, certes, une image de globalité. Les disciplines scientifiques, qui auraient toute valeur pour légitimer cette appréhension holistique, peinent, parce qu’elles sont trop cloisonnées, à présenter les composantes du monde dans une vision intégrative. L’approche dialectique, qui appréhende les systèmes d’un point de vue plus synthétique… pourrait permettre d’élargir les connaissances abordées par les premières approches rationnelles et de rejoindre la vision mythologique. L’interdisciplinarité va dans le même sens, ainsi que ce que l’on pourrait appeler les investigations « inter-expériencielles ». La transition d’un monde a-systémique, plus ou moins statique, vers un monde dynamique en évolution n’a cependant pas trouvé de méthodologie réellement appropriée jusqu’à maintenant. Le terme « trialectique » désigne une des tentatives proposées ».
    La référence principale
    Le matériel le plus conséquent à propos de la trialectique, se trouve dans le livre d’Ichazo Between Metaphysics and Protoanalysis (New-York : Arica Institute Press, 1982). Ichazo travaille depuis plusieurs années sur une présentation définitive qui devrait être publiée dans un futur proche.

    Texte de Robert Horn.
    (traduction de Jean-François BEDEL).

    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Timson
    Samedi 19 Mars 2016 à 16:24

    Bonjour Jean François,

    Je me permets d 'écrire ici afin d'exprimer ce que je pense.

    A ce jour, internet est constamment dans les maisons et les ondes ne sont pas bien bonnes pour la santé.

    Si vous aviez un moment pour lire à haute voix et nous faire parvenir ce texte...je suis certaine que beaucoup plus de gens s'y intéresseraient.

    Dans mon cas, lire sans cesse sur ordinateur est pénible et je prône les vidéos ou commentaires enregistrer surtout lorsque c'est long...

    De plus j ai pu remarquer que de lire à haute voix permet de mieux intégrer le discourt.

    Merci de m'avoir lu et au plaisir d entendre plus tard peut être, tout ce que vous avez a dire d intéressant. 

    Bonne soirée à vous

    Manuella Timson

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :