• • Figures du Labyrinthe

     • Je propose cette petite "dramaturgie ennéagrammatique" et souriante, à tous comédiens et formateurs ou "comédiens-formateurs" qui seraient désireux de "la jouer" sous forme d'introduction à une initiation à l'ennéagramme...          (Ce qui peut aussi se faire sous forme de lecture).

    • Dans mon texte s'est glissé (volontairement) un certain nombre de contrepèteries, et l'un des jeux consistera à les identifier sans en donner bien sûr la clé, ce qui serait contraire à la "Grande Tradition du Contrepet"...

    • Prenez contact avec l'auteur de ce blog, si l'aventure vous tente, et que vous vous "sentez" attirés par un des personnages que vous aimeriez interpréter !

    Figures du Labyrinthe.

    TITRE :

    « Faire l’impasse, vaut-il le détour ? »

    Ou quelques figures perdues dans un dédale…

     • La scène représente un paysage méditerranéen. La mer, « couleur de vin », se distingue au loin entre quelques cyprès, au delà d’un petit « bois sacré » fait de pins parasols. Une pancarte indique deux directions (en grec dans le texte) : Héraklion, Palais de Cnossos et Kato Zakros, « Vallée des Morts ».

     Un personnage de haute taille, vêtu d’une ample toge bleue foncée, sort des futaies et s’avance sur le devant de la scène. Son visage est dissimulé derrière un masque antique qui laisse apparaître des yeux perçants et dessine autour d’une bouche expressive, un large rictus grimaçant :

    « Kallispéra »,

    Bonsoir, Noble assemblée, invitée au voyage,

    Je suis le chœur antique et j’ai plusieurs visages,

    Tout à la fois la foule, le conteur et le sage,

    Auprès de neuf acteurs, autant de personnages,

    Qui par leur nom mythique ont traversé les âges.

     Ils vont se présenter, leurs traits ne sont qu’images

    Ephémères, car ici, ils ne font qu’un passage.

     Bref comme l’éclair, du guerrier, le courage,

    Se fait ruse ou traîtrise, infamie et naufrage,

    La douce amante, sœur ou complice fidèle,

    Saisit glaive et poison, devient dure et cruelle…

    Le Sphinx barre la route, le héros réfléchit :

    L’humain change de rôle aux heures de sa vie ?

    D’être à la fois ancêtre, enfant, père ou mari,

    Semblable et différent, peut-on faire le pari ?

    Les Dieux ont, à Œdipe voulu tendre la main,

    Mais résolvant l’énigme, il scelle son destin :

    Voir que l’homme est multiple a permis son salut,

    Il y est condamné et le voilà perdu !

     Car c’est bien le sujet : la Comédie Humaine !

    Depuis l’aube des temps la vie est labyrinthe,

    Les chemins sont nombreux, mais les Voies sont restreintes,

    Seules quelques figures entreront dans la ronde,

    Neuf masques suffisent pour évoquer le monde,

    Dès qu’on parle de Mythes, beaucoup déjà se barrent,

    Chacun n’a qu’un seul nom et beaucoup d’avatars,

    Tel le fils de Laïos et l’époux de Jocaste,

    Héros, sauveur de Thèbes ou meurtrier néfaste,

    Tous cachent un pèlerin ou un pauvre fuyard,

    Qui en changeant d’habits à chaque aller-retour,

    S’imaginent arpenter quelque nouvelle route.

    Si le masque est nouveau, c’est le même détour,

    Le chemin vers le centre n’est plus qu’une déroute.

    Pourtant chaque initié symbolise une étape,

    Y a-t-il vraiment secret au delà de la trappe ?

    Parmi nos neuf acteurs, l’un vaut-il mieux que l’autre ?

    S’il y a plusieurs chemins, combien y a-t-il d’apôtres ?

    Ce n’était qu’un prologue, qu’il finisse en musique,

    Par quelques harmonies, préparons le chaos,

    La carte du dédale est dans notre cerveau,

    Que Bach ouvre en chacun la route symbolique…

     Extrait du Choral de Bach :

    "Kleines harmonisches Labyrinth" (BWV 591)

    (Introït : 1mn et 8 secondes)

    Pendant cet introït, 9 personnages sont venus se placer sur la scène. Quatre hommes et quatre femmes, et un neuvième personnage, comédien ou comédienne, portant un étrange costume à deux faces. D’un côté une tête noire et cornée surmonte un corps de gladiateur, de l’autre un visage blanc couronne un torse ceinturé d’un costume de lumière, le bas du corps se terminant par des sabots.

    Ils se sont disposés chacun sur les 9 points d’un grand cercle, également répartis, ils font tous face aux spectateurs.

    Le Chœur va les désigner un par un, par leur chiffre et leur nom. Ils se présenteront alors eux mêmes tour à tour.

    Lors de leurs interventions, suivant cette présentation, le budget de cette planche n’ayant pas permis de recruter 10 comédiens, votre serviteur rappellera le nom de chaque personnage. 

    Le Chœur appelle : ISIS - N° 8

    Je suis la sœur, l’épouse, la déesse gardienne,

    J’initie, je protège, je suis la magicienne,

    Qui connaît les chemins, qui sait tous les détours.

    Élevée par Hermès, je peux tous les parcours.

    Je suis féminité, excès, parfois luxure,

    Trouble comme Morgane, Lilith, et les démones,

    Entité noire et rose aux couleurs alchimiques,

    Je punie, je contrôle, prends vie ou la redonne,

    Ressuscite Osiris, lui redonne un sexe,

    Sans doute que la tâche était un peu complexe !

    Je traverse les siècles en étant éclectique !

    Le Chœur appelle : THÉSÉE - N° 7

    Je suis un fondateur et un réformateur,

    Qui finira banni par un usurpateur !

    Vaillant comme Héraclès, Argos ou Persée,

    J’allie à mon courage un sens politique,

    Qui pourrait bien me rendre un peu antipathique !

    J’utilise Ariane, puis la laisse tomber,

    J’oublie la voile blanche signe de ma victoire,

    Que mon Père espérait et il va en mourir !

    Avide de pouvoir, de conquêtes et de gloire,

    Je choisis pour alliés ceux qui peuvent servir…

    J’aurais pu comme Arthur être un roi pur et juste,

    Je tue le Minotaure et j’ai vaincu Procuste !

    Ariane, Égée, Antiope, Phèdre, en feront les frais,

    Ils moururent aux bords où ils furent laissés !

    Le Chœur appelle : ICARE N° 6

    « Icare fais toi léger afin de mieux chuter,

    Éloigne-toi des vagues, reste loin du soleil !»

    Je brûle de répondre « garde tes bons conseils ! »

    Ne donne plus d’avis, garde enfin tes idées !

    Dédale, oui, mon père, complice de l’adultère,

    Par lequel la Reine engendra Minotaure.

    De toi je ne reçois jamais qu’interdiction,

    Et pour t’être fidèle me voilà en prison !

    Fils d’un savant fou, voilà mon seul tort !

    Dois-je te fuir enfin ou dois-je fuir Minos ?

    Écoutez les envies et les peurs d’un sale gosse !

    Le Chœur :

    Osons ! Osons ! Osons ! Innocence ! Sobriété ! Courage !

    Le Chœur appelle : ULYSSE - N° 5

    Je suis, comme mon fils, symbole de l’errance,

    Mais près de Télémaque, j’accueille Énée, tant d’autres,

    Tous les grands voyageurs, tous les marins perdus,

    Ceux qui cherchent sans doute à voir sans être vus !

    Au tonnerre, à la guerre je préfère le silence,

    Des chemins détournés, je me suis fait l’apôtre,

    Suis-je « l’homme aux mille tours » ou aux mille détours ?

    Un souverain de cour ou sage dans sa tour ?

    Jeune, sans hésiter je descends dans l’Arène,

    Et en sort vainqueur, ayant conquis ma Reine.

    Puis j’essaie vainement de rompre le serment,

    Qui me lie aux rois Grecs et m’éloigne d’Ithaque.

    Car l’aventure, alors me semble châtiment.

    Il me faut soutenir cette guerre démoniaque,

    Puis inventer la ruse qui nous verra vainqueur…

    Au retour de Troie, après dix ans de guerre,

    Je vais subir vingt ans l’ire des dieux vengeurs…

    Mais en suis-je l’acteur ou le metteur en scène ?

    Si j’ai fui Cyclope, Lestrigons et Sirènes,

    Avec Calypso, ai-je compté les heures ?

    Retour semé d’embûches, parcours initiatique ?

    Les voyages m’auraient-t-ils rendu euphorique ?

    Le Chœur appelle : ALICE - N° 4

    Je m’appelle Alice et je suis « femme-enfant »,

    J’affole les barbons, les chats, les lapins blancs !

    Serais-je Dorothy perdue au Pays d’Oz,

    Ou plutôt l’héroïne que l’on aime et qui n’ose,

    Hélène ou Marylin, souvent femme fatale,

    Je séduis et je fuis, me perds dans ces dédales…

    J’aime plaire à Paris et aimer Ménélas,

    Romantique sans doute, guère fidèle hélas !

    Je suis fille de Troie et j’offre mes deux joues,

    Miroir rassure-moi, tous les hommes sont fous !

    Quand le « tramway désir » m’emporte au lointain,

    Je suis Blanche Dubois, victime, Lolita,

    Qui refuse son âge, qui raisonne impuissante…

    Privée de mes repères, parfois je suis méchante,

    Petite Cendrillon ou Circé gigantesque,

    Blanche Neige victime ou Calypso géante,

    Je cherche le miroir dans ce monde dantesque,

    J’ai voulu fuir le temps pour rester séduisante,

    Mais de l’autre côté serais-je repoussante ?

    Le Chœur appelle : DÉDALE- N° 3

    Je suis né à Athènes, inventeur, sculpteur,

    Voleur sans scrupules et tout aussi menteur,

    Dédale l’astucieux, l’architecte des puissants,

    Je retourne ma toge vers les plus offrants !

    Talos mon neveu fut aussi un génie,

    J’ai dû l’assassiner et lui voler ses plans !

    Je suis Faust, Jekyll, quelque peu Saliéri,

    Frankenstein ou Némo, le Père d’un Golem,

    Si je me lie à tous, il n’y a que moi que j’aime…

    Et je crée et j’invente, car ma vie en dépend,

    Au fur et à mesure, j’ai construit ma prison,

    Je fus cause première de ces enchaînements…

    Exprimer mon génie vaut toutes trahisons !

    Prométhée, Léonard, Einstein furent-ils conscients ?

    J’apporte le chaos, puis propose mon aide,

    Je crée la maladie et trouve le remède,

    Depuis l’aube des temps, cette idée fait merveille !

    D’avoir perdu Icare, serait-ce le réveil ?

    Le Chœur :

    Osons ! Osons ! Osons ! Détachement ! Équanimité ! Vérité !

    Le Chœur appelle : ARIANE- N° 2

    J’ai quelques qualités de cœur et d’esprit,

    Comme beaucoup d’ados, mon principal défaut,

    Restera ma famille et j’en ai plein le dos !

    Mon Père, le roi Minos est un ermite aigri,

    Ma Mère Pasiphaè, baise avec un taureau !

    J’ai donc un demi frère et il est pas jojo !

    Mes autres frères et sœurs se complaisent à la fête,

    J’étais proche de Phèdre, mais elle « me prend la tête »

    « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée,

    Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

    Toi et le fier Thésée, beau couple d’hypocrites !

    Mais tu vas en baver aussi par Hippolyte !

    Car moi, s’il faut aider, je pars comme une fusée,

    Ce salaud de Thésée, il m’a bien baisée !

    J’ai compris que ma vie ne tenait qu’à un fil,

    Je préfère rester seule, les hommes sont trop débiles,

    Je n’aimerais qu’un dieu ou deviendrais sénile !

    Extrait du lamento d’Ariane de Monteverdi,

    (Thème – 1 minute)

    Le Chœur appelle : N° 1 – PÉNÉLOPE

    Je fus princesse belle et longtemps convoitée,

    Ulysse sut gagner et mon âme et mon cœur.

    Je voyage sans doute par imagination,

    L’aventure pour moi, a trop d’imperfection !

    Il a fallu sans doute mesurer mon bonheur,

    Car ma vie de famille fut de courte durée !

    Je suis femme fidèle envers et contre tout !

    Qui attendrait vingt ans le retour d’un époux ?

    Quelles que soient les épreuves, je serais parfaite,

    Ma vie ne connaîtra jamais le mot défaite.

    J’ai tissé cette toile comme étant araignée,

    Labyrinthe en grec veut dire aussi filet,

    J’y piège doublement les 108 prétendants,

    Qui voudraient bien mon trône et mon consentement.

    Ils doivent comme moi cultiver la patience,

    Sans se douter aussi que mon cœur crie vengeance !

    Ma vie, comme ma toile semble une invraisemblance,

    Âme sœur essentielle, je suis but de l’errance,

    Ariane était princesse mais moi je devins Reine,

    Avant d’être une étoile, elle vécut dans la peine,

    Ma vie est sur la terre, hautaine, mais sereine !

    Le Chœur appelle : Le N° 9 : MINOTAURE OU CENTAURE au FÉMININ ?

    Finis les camouflages et finis les rictus,

    Je suis la vie, la mort, l’aboutissement d’un cycle,

    Certes mes compagnons sont aussi des Janus,

    Mais je serais à nu, dans ce noble hémicycle !

    Chacune de mes faces est mi-homme, mi bête !

    La première est taurine, je suis le Minotaure,

    Depuis l’aube des temps, en Méditerranée,

    C’est par un taureau noir qu’on affronte la mort !

    Piégés dans un dédale, dans l’arène enfermés,

    Homme et bête s’invitent en sanglant corps à corps !

    L’alchimie du sang coule sur la peau noire,

    L’homme, luciférien, s’habille de lumière…

    La poussière unifie le sombre et le clair…

    Est-ce rituel sacré ou bien blasphématoire ?

    Corps de gladiateur à face de taureau,

    Je serais, Minotaure, l’alliance ratée,

    Entre l’homme et la bête, le monstre meurtrier,

    Condamné à la mort ou à être bourreau !

    Face aux traits de la bête, au corps masculin,

    Je suis sur l’autre face, visage féminin,

    Sorte de « centauresse » ou femme matador !

    Mais c’est toujours l’arène, c’est le même décor !

    Le pur rituel étant, corrida à cheval,

    Je suis donc à la fois la femme et la monture,

    Tous les bons cavaliers me donneront l’aval !

    Il ne faut faire qu’un pour trouver l’ouverture !

    Pour tuer le taureau, oui, je mets pieds à terre,

    C’est une obligation pour la femme guerrière,

    Alors que l’homme tue, tout en restant en selle…

    Elle quitte ainsi sa partie animale,

    Dont elle n’a plus besoin pour l’épreuve finale,

    Peut-être est-ce un hommage pour éviter aux belles,

    Certaines initiations qui seraient naturelles…

    Parfois hors du dédale, ou exclues des parvis,

    Elles savent mieux que vous parfois risquer leur vie !

    Le Chœur :

    Osons ! Osons ! Osons ! Humilité ! Sérénité ! Action !

    Chacun de ces acteurs a donc double visage…

    Ils dépassent les mythes qui les ont fait connaître.

    En fait comme nous, ils sont tous sans âge,

    Hors de leur destin, ils sont déjà des Maîtres,

    C’est à eux qu’ils convient de raconter l’histoire,

    Labyrinthe magique, porte, prison, chemin,

    Tu es l’endroit du monde où se jouent tous les drames,

    On y trouve la mort ou rencontre la femme…

    On y oublie son âme, on y perd son latin.

    Isis

    Labyrinthe carré, rond, parfois en spirale,                                               

    Dans de multiples formes s’inscrivent les dédales,

    Sont-ils ciels, sont-ils terre ? Passages vers l’éther ?

    Au commencement étaient les cavernes, les gouffres,

    Forêts, bois délétères, antres aux odeurs de souffre…

    Que l’on va conquérir, invoquant Déméter.

    Planifiant les méandres, l’homme perd la mémoire,

    La nature sauvage racontait une histoire,

    Traversée solitaire, épreuve collective,

    Signes reconnaissables, visions répétitives,

    Le dédale est partout sur tous les continents,

    On trouve, paraît-il, des sites dans la Beauce,

    Et il y aurait aussi labyrinthes dans l’Anjou,

    En Crète, on trouve ainsi des étages de fosses,

    Labyrinthes qu’Ariane explore en ses dessous…

    Ulysse

    Les dessins ancestraux montrent creux et talus,                       

    Les blanches galeries, les murs noirs se permutent,

    Rappellent à l’initié qui se heurte à l’impasse,

    Lorsque « les jeux sont faits, lorsque rien ne va plus »,

    Qu’il n’a commis d’impaire, puisque ses pairs y passent,

    Simplement confondu le chemin et le but.

    Alice

    Ces frontières, ces cavernes, sont-elles Portes du Monde ?           

    Nos ancêtres nomades, en sont sortis jadis,

    Faut-il qu’on y retourne, y sont-ils repartis ?

    Est-ce « Ultime Royaume », pièges ou Bêtes Immondes » ?

    Isis

    Enfermé au Sinaï, le peuple est au Dédale,           

    Quarante de silence, de conflits, de cabales,

    Leur guide est un héros, il s’appelle Moïse,

    Il tuera le veau d’Or, verra la Terre Promise…

    On crie dans le désert, l’écho se fait lointain,

    La Parole est perdue même en Alexandrins,

    Le peuple hébraïque y perd son latin,

    L’horizon reste plat, sans remparts, ni fosses,

    Et l’on y cherche en vain la berge d’un ravin…

    Des villes surgiront, on oubliera Minos,

    Jérusalem, un jour fera pâlir Cnossos.

    Pénélope

    Pyramides ou tombeaux, étapes, lieux de passage,                       

    J’ai vu deux labyrinthes et voici mon message :

    Il existe un dédale dont on ne revient pas.

    Y est-on mort vaincu ? Y a t-il eu trépas ?

    Ou bien y reste-t-on, mais dans un autre état ?

    Le deuxième parcours est juste le creuset,

    Qui renferme une épreuve, un miroir, un maillet ?

    Les questions sont posées, mieux vaut rester muet !

    Quand Labyrinthe aussi chez nous veut dire filet,

    Le pêcheur est patient avant que de lancer,

    Pour apprendre à chasser, il faut savoir tisser…

    Ulysse le pensait, qui sur tous les chemins,

    Maniait le javelot avec si bel entrain !

    Dédale

    Bientôt, face aux vitraux des grandes cathédrales,

    Au sol, se déploient en miroir des dédales…

    Le croyant s’y couche, y rampe, s’y flagelle,

    Répétant en petit la voie de Compostelle…

    plus symboliquement, ils permettent aux pèlerins,

    De vivre quelque épreuve sans faire le chemin.

    Isis

    Mimer l’initiation,  et s’en faire l’éloge,                                   

    N’est-ce point quelquefois ce que l’on fait en loge ?

    Icare

    Foi indéracinable que la Sybille inspire,                                   

    Tu bouges les montagnes, peut abattre les murs.

    Il ne subsiste au sol qu’un plan à parcourir,

    Passer du noir au blanc n’effrait point les cœurs purs…

    Le pèlerin accède alors sans détour,

    Au centre du dédale sans en faire le tour,

    Il pourra s’étonner, parfois, en Terre Chrétienne,

    D’y voir le Minotaure, Ariane et Thésée…

    L’Église qui sut voler les coutumes païennes,

    Y plaquera bientôt sa Sainte Trinité !

    Moi qui n’ai rien volé, qui n’ai su m’envoler,

    Je laisserai mon nom à la mer Icarienne !

    Pénélope

    L’homme va désormais apprendre à marcher droit !

    Être labyrinthique est contraire à la Foi !

    Dédale

    Voyageurs, égarés, perdus dans la forêt,                                   

    Ne faîtes point l’erreur d’errer à l’intuition,

    Il vaut mieux choisir unique direction,

    S’y tenir fermement et c’est là le secret !

    C’est Descartes qui parle et donne sa méthode,

    Accepter de se perdre, est bien à l’antipode !

    Icare

    Dédale devient passe temps, simulacre, jardin…                                   

    C’est un jeu et non plus les signes d’un chemin,

    Ariane

    En choisissant ainsi la seule route droite,                                               

    Virilité sans doute, peut-être voie étroite,

    Dédale est clairement image de luxure,

    Les femmes sont exclues et tenues à l’écart,

    Les allusions légères voltigent hors des murs.

    On parle, au Moyen Âge, de « Précieux Déduit »,

    D’autres en « Ce Beau Dédale » évoquent les étreintes.

    « L’éternel Féminin » revient, jamais trop tard,

    Mort et Sexe s’enlacent, se cachent au fonds du puit.

    Derrière cette attirance à la fois trouble et forte,                                   

    Se dissimulent en vain les chemins de sagesse,

    La quête est l’Anima et non les « Amours Mortes »,

    Et les brutes préfèrent les histoires de fesses…

    Faut-il rester naïf jusqu’à la dernière heure,

    Ou dévoiler son but devant tant de candeur ?

    Ulysse

    Qu’il soit en ses prémisses ou qu’il soit consommé,                                   

    L’amour est va et vient, est fait d’aller-retours,

    On s’approche et s’éloigne sans cesse de l’aimé,

    Réel inaccessible et tortueux parcours,

    Plus on croit être proche et plus on en est loin,

    Les grands moments se vivent quand l’autre est au lointain !

    Faut-il se souvenir de délicieux émois,

    Quand beaucoup de jeunes filles doutent encore de leur foi ?

    Isis

    Jamais l’on ne pourra mettre le monde en ligne,                       

    Le vivant pourrait-il se mouvoir tout droit ?

    Avec essais, erreurs, avec acquis et perte,

    Chemins de l’ignorance, vous montrent-on du doigt ?

    Et voies de connaissance êtes vous grandes ouvertes ?

    Le Chœur

    Aujourd’hui, il revient, les réseaux lui ressemblent,                                   

    Exploration des corps, ADN en spirale,

    Psychanalyse, rêves, dédales d’internet,

    On parla, au début, à tort d’autoroutes,

    L’information se meut sur des petites routes…

    Thésée

    Si Dédale revient, que les détours dominent,                       

    Impasses entre cellules, réseaux de protéines,

    Vous êtes peu nombreux, Maîtres des Labyrinthes,

    Autour de la santé vous dressez des enceintes,

    Enfermez l’argent, maîtrisez les échanges,

    Et chassez des écoles les savoirs qui dérangent,

    Vos appétits sanglants de nouveaux minotaures,

    Ont fait pourtant de vous déjà des dinosaures !

    Ariane

    Car voici émergeant, un nouveau nomadisme,                       

    Qui doit prendre la rue, et vivre à contresens,

    Et se dresser violent face aux absolutismes,

    Soyons observateurs sans faire de l’angélisme…

    L’initié, le guerrier méritent récompense,

    Qu’espèrent-ils trouver dans la Chambre Royale ?

    Trésor d’abondance ou vision cannibale ?

    Pénélope

    Qu’ils soient puissants ou sages, écoutent ou non les plaintes,

    Malheur à ceux qui veulent ordonner le chaos,

    Faire de nos cités de nouveaux labyrinthes,

    Et imposer bonheurs, malheurs à leurs troupeaux !

    Si le baron Haussmann rime avec Manhattan,

    Auroville en spirale manqua son utopie.

    À Tokyo sans panneaux, on use ses tatanes,

    Séoul n’est traboule, on y perd la boule !

    Béatrice a quitté l’humaine comédie,

    Ulysse à Istanbul t’a chopé des ampoules !

    Alice

    Le Mythe a traversé la frontière du Temps,

    Romans, légendes urbaines seront labyrinthiques,

    Et Dédale envahit les jeux informatiques !

    Les quelques souvenirs de clés qu’on a perdues,

    Renvoient du fonds des âges, quelques reflets diffus…

    Le démon Humbaba cherche encore Gilgamesh,

    De Missions Impossibles, on allume la mèche ;

    Pour retrouver l’aimée, on bravait les Enfers,

    Rambo, seul dans la jungle, va délivrer ses frères !

    D’enquêtes en aventures, héros de notre époque,

    Vous empruntez parfois des étranges défroques !

    Énée, Anchise, Orphée, Eurydice, Ariane,

    Les figures légendaires ont-elles cessé de plaire ?

    Ces jeux ont-ils encore le sens du sacré ?

    Indiana, Jedis, X-men, Spiderman,

    Recherchez-vous sagesse ou immortalité ?

    Isis

    La Tradition demeure, malgré l’exotérisme,           

    Suites de Pythagore, Arbre Séphirotique,

    Sont tous mandalas et voies labyrinthiques,

    Que l’Initié parcourt hors de tout intégrisme.

    Vingt deux voies parfois, pour entrer dans la ronde,

    Ou plus encore, pour frô-ler le Maître du Monde,

    Pour s’approcher d’Aleph, il faut se lever Thau,             (ouaf, ouaf,)

    Le Secret des Secrets va être dit bientôt !

    Thésée

    Le sage marche t-il droit ? Pourquoi le fou trébuche ?

    Y a-t-il vraiment folie à faire face aux embûches ?

    Ce que « la règle » évite, vaudra-t-il le détour ?

    On avait enfermé Freud et Young en cellules,

    Décidant qu’ils seraient en dehors de cette planche !

    Les bougres sont habiles à cerner les parcours,

    Ils reviennent en force, car nos héros reculent !

    Trois mots sans leur laisser avoir les coudées franches :

    Toutes ces voies sinueuses seraient les intestins,

    Et le fil d’Ariane, cordon ombilical,

    À moins que ce chemin se soit archétypal,

    Qu’en trouvant Anima nous devenions divins ?

    On enfile, on traverse, on pénètre, on se brûle,

    Ce qu’on croyait la fin n’était que préambule !

     CONCLUSION

    Le Chœur

    Et voici que le Temps, l’Espace se confondent,

    En se perdant, Colomb trouve le Nouveau Monde,

    En s’égarant Ulysse retrouve Pénélope,

    Ce qu’il faut confronter n’est-il qu’interlope ?

    Le Minotaure / La Centaure

    La conclusion dérange, mais je la dis quand même,

    S’il faut trouver la Voie, enchantons-nous nous mêmes !

    On ne peut, sans la femme, sortir du dédale,

    (Je ne parle point d’Alice ou quelque autre chochotte,

    Pour essayer de plaire, elle mentait, la sotte…)

    Car on ne s’y perd pas, mais on en sort perdu,

    Ou faut-il reconnaître que l’on en sort changé ?

    Ou qu’une part de nous, sans doute y est vaincu ?

    Ce que l’on y cherchait n’est point la Vérité,

    Mais toujours son Ariane, et c’est-là le secret !

    Que faire pour qu’elle ne meure de nouveau de chagrin ?

    Revoyez Solaris, un conte pour demain !

    Devenons Dionysos, apprenons à danser !

    Dénouer, c’est guérir, apprenons à ruser !

    Les impasses et les murs ne peuvent être obstacles,

    Nous les avons dressés, ce ne sont que spectacles !

    Restent-ils, entre Ariane et nous, des barricades ?

    Ce ne sont point mystères, seulement ambassades !

    Musique Plage 3

    « Les Barricades Mystérieuses » ( 2 mn 12 ).

    Après la Musique :

    « À la sortie, humains, et si vous en sortez,

    Vous ne trouverez sûrement que d’autres labyrinthes !

    Ces symboles et ces nombres sont durs à déguster !

    Faut-il laisser qu’à peu le plaisir de dîner ? …

    Quels que soient les degrés, quelles que soient les étreintes,

    À la fin du Dédale, on reste défroqué ! » ;

     

    Jean-François BEDEL

    Janvier 2012.

     


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