• • Aux sources de l'Ennéagramme

    • Sous le copyright Oscar Ichazo et avec l'assentiment d'Olivier Clouzot, je publie ci-dessous le texte de l'allocution faite par Ichazo à l'intention du 2è Congrès de l'Ennéagramme du Hohwald. (2007) (ce texte fut, à cette occasion, lu par Olivier Clouzot).

    • Ichazo répond ici à certaines questions qui lui ont été posées. Certaines réponses existent peut-être déjà en partie, mais elles sont souvent restées à l'usage des membres de l'école Arica, ou furent faites lors d'interviews spécifiques et jamais aussi profondément.

    • Ce texte précis et riche devrait intéresser tous les (nombreux) français qui ont du mal avec l'anglais, et qui ont donc rarement consulté ou recherché ces réponses "à la source". (d'autres textes développant des points spécifiques sont en cours de traduction et je les publierai bientôt également).

     

    ALLOCUTION D’OSCAR ICHAZO

    AU DEUXIÈME CONGRÈS SUR L’ENNÉAGRAMME DU HOHWALD

    (Alsace, 12-13 Mai 2007)

    Présentée par Olivier Clouzot[1]

    Oscar Ichazo
      C’est un honneur et un plaisir pour moi de m’adresser aux participants du 2e Congrès sur l’Ennéagramme du Hohwald, en Alsace. Les bases de mon allocution d’aujourd’hui se rapportent au questionnaire que Coline d’Aubret m’a envoyé au sujet de points importants concernant l’histoire, l’utilisation et l’avenir de l’ennéagramme. Voici sa première question et ma réponse.

    QUESTION 1
      L'Ennéagramme en Europe particulièrement, se développe de plus en plus. La grande majorité des instructeurs n'ont aucun contact avec une source sérieuse, et ils redonnent la soupe de la soupe de la soupe... de ce qu'ils ont entendu. Je crains pour la crédibilité de l'Ennéagramme, et même pour les dérives possibles. Que pensez-vous de cela ?

    Oscar Ichazo
      Cette première question est vraiment vaste et complexe parce qu’elle concerne l’histoire de l’ennéagramme en elle-même. 

      A l’origine, l’ennéagramme était défini comme un outil qui pouvait fournir une description holistique des neuf premiers nombres entiers en les présentant selon une succession numérologique ou comme les différents moments d’un processus en neuf étapes. Cette présentation constitue un principe fondamental de la série Pythagoricienne des 9 chiffres de base inscrits dans un cercle, le dernier chiffre correspondant au nombre 9, qui complète les nombres entiers ou naturels et devient la base de la tetraktys Pythagoricienne

    [ce triangle constitué de dix points situés sur quatre étages, qui totalise les quatre premiers nombres entiers].

      L’immense importance de cette figure en forme de sceau, connue actuellement comme l’ennéagramme, est qu’elle sert de base à la présentation des principes fondamentaux de la science Pythagoricienne – en particulier la théorie musicale du tétracorde Pythagoricien, mais aussi la connaissance de l’astronomie et, plus important encore, celle de l’astrologie selon les termes des Oracles Chaldéens et du livre mystique Piamondres, le premier livre de la Sainte Tradition Hermétique.

      La Tradition Pythagoricienne a commencé avec Empédocle et la constitution Pythagoricienne des quatre éléments en tant qu’entités suprêmes qui nous donnent les principes de toute réalité dans une approche scientifique. Platon, en tant que disciple de Pythagore, a décrit dans son Timée ces principes et réalités [des lois de l’univers] dans toutes leurs perspectives philosophiques et théologiques.

      Je vais vous présenter une esquisse très rapide de la façon dont la connaissance la plus sacrée a traversé toute l’humanité et, malgré tout le respect que je dois à la patience de l’auditoire, je vais décrire cet immense processus de la culture humaine sous une forme très schématique qui consiste à ne citer que les noms de ces personnes qui constituent des piliers fondamentaux de tout notre processus culturel occidental. Néanmoins, et en continuant à compter sur la patience compréhensive de mon auditoire, je dois poursuivre cette ligne de pensée schématique qui s’avère indispensable pour comprendre comment est apparue la figure de l’ennéagramme, dans le livre célèbre d’Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu, dans lequel il présente l’ennéagramme comme la clé d’une connaissance ou d’une tradition ancienne. Malheureusement, l’auteur ne se réfère ni aux noms ni aux moyens qui lui auraient permis de réaliser une exposition érudite de son sujet, et non seulement il se contente de présenter de façon légère ce qui devrait être un ensemble de principes essentiels, mais encore il le fait d’une manière vague, incomplète, et finalement incohérente.

      Or, il est indispensable de suivre la ligne de cette compréhension Pythagoricienne et Platonicienne des lois de l’univers à travers les trois grands noms de la philosophie Grecque classique – Socrate, Platon et Aristote – dont la recherche toute entière était orientée vers la découverte des fondements transcendantaux de l’Esprit et de la Réalité dans son ensemble, afin d’aboutir à la « Personne tournée vers le Bien » en tant que Telos ou vision finaliste du monde. Ces traditions, extrêmement riches, se sont poursuivies à travers les quatre principales écoles : l’Académie [Platonicienne], les Péripatéticiens, les Stoïciens et les Épicuriens. Elles furent reprises à nouveau dans les propositions synthétiques du néo-Pythagoricien Numénius, puis dans celles du néo-Platonicien Plotin, enfin dans l’introduc-tion que fit Porphyre à la critique directe de la raison selon la Logique Formelle [je rappelle ici qu’Ichazo est le fondateur de la Logique Trialectique qui est à la base de tous ses travaux]. Il faut ajouter à tout cela la contribution inestimable de Iamblikhos (Jamblique), grâce à sa compréhension de ce que sont une théosophie et une théurgie sacrées, ses travaux étant par la suite complétés par ceux de Proclus et Damaskios.

      Puis, comme nous le savons, vint la fermeture de ces écoles de la Grèce ancienne à cause de la persécution directe de l’Église Chrétienne. Cela aboutit pratiquement à la disparition des traditions anciennes, des Écoles des Mystères, et des recherches ésotériques concernant une Connaissance secrète désormais interdite : c’était donc le refus de toute gnose portant sur la Réalité de l’Âme et susceptible de favoriser la maturation des êtres humains. C’est donc ainsi que la Culture Occidentale, à ses tous débuts, entra dans un processus de renoncement à la raison dans le but d’introduire exclusivement les critères d’une foi religieuse qui n’acceptait rien d’autre que des dogmes arbitraires. Cela eut pour conséquence que la Culture Occidentale sombra dans un Âge de déraison et de barbarie pure et simple, avec comme résultante le meurtre et l’exaction en guise de compagnons et de juges dans une société qui s’effondra dans le chaos, l’ignorance et la confusion.

    [Vous savez que beaucoup de personnes furent brûlées pendant cette époque, mais beaucoup de livres furent également détruits par le feu – voir le film « Le nom de la rose » de J-J Annaud]

      Ce n’est pas avant le 12e siècle que les Scolastiques se réengagèrent dans une étude formelle de la théologie et de la philosophie qui fut introduite en Europe à travers l’Espagne et les traducteurs arabes de Platon et d’Aristote, grâce aux grands commentaires d’Avicenne, d’Averroës et à l’interprétation métaphysique d’Aristote par Maimonide [théologien, philosophe et médecin juif du 12e siècle]. Ces traducteurs arabes alimentèrent la philosophie et la théologie Scolastiques utilisées par Albert le Grand et son disciple St Thomas d’Aquin [au 13e siècle]. Cependant, Thomas d’Aquin réalisa qu’il ne pourrait utiliser le travail d’Aristote qu’en le dégageant de l’interprétation d’Averroës, pourtant tout à fait réelle et complète, et qui avait eu un impact énorme dans les nouvelles universités de Paris, d’Oxford et de Bologne. Dans l’interprétation d’Averroës, la métaphysique portant sur l’union avec le Divin ne contenait aucune référence à la chair d’une personne incarnée [c'est-à-dire aucune référence au dogme chrétien de l’incarnation du Christ]. Thomas d’Aquin justifia cette unité grâce aux commentaires réalisés au 11e siècle par Saint Anselme, l’interprète du Néo-Platonicien Pseudo-Denys, et qui insistait sur le fait que l’union avec Dieu relevait du cas spécial de la seconde personne de la Sainte Trinité (le Fils) : la reconnaissance de l’union de la chair et de l’esprit [dans le Fils de Dieu] était alors le fait du dogme autoritaire et arbitraire de l’Église [2]. Cette interprétation eut des conséquences catastrophiques, parce qu’elle déboucha sur une nouvelle lecture et une nouvelle interprétation d’Aristote, selon une structure Scolastique, et dans laquelle le surnaturel était on ne peut plus confus et incohérent, dès qu’on abordait les propositions métaphysiques considérant « l’esprit en soi » comme susceptible de devenir la base d’une psychologie, d’une philosophie et d’une théologie véritables.

       La manière radicale dont les doctrines de l’Église ont été imposées élimina le point de vue des Anciens tel qu’il était transmis par les grands philosophes Espagnols d’origines arabe et juive. Néanmoins la tradition continua en Espagne, et le système de la Kabbale apparut comme une méthodologie de recherche permettant d’étudier les mystères de la Lumière et le mysticisme spirituel le plus pur.

      Ces doctrines, qui apparurent de manière éparpillée en Espagne et dans le sud de la France, en Provence en particulier, devinrent logiquement la préoccupation [et la cible] de l’Inquisition Espagnole aussi bien que celle de la « Sainte Inquisition Romaine ». Néanmoins, ces vérités réapparurent avec le grand mystique de l’Ile de Majorque, le Docteur Raymond Lulle (dit « le Docteur Illuminé »), avec lequel il devenait possible de se faire instruire à la « doctrine de la Lumière » et au sujet de l’unité de Dieu. Son influence fut considérable jusqu’au 18e siècle dans tous les cercles et les écoles de philosophie et de théologie, mais surtout dans l’importante tradition ésotérique de la Renaissance qui réémergea à Florence avec le Platonicien du 15e siècle, Marsile Ficin et, plus encore avec Pic de la Mirandole, qui avait obtenu une traduction érudite de textes de la Kabbale. Son interprétation aboutit à l’établissement d’une Kabbale Chrétienne d’une grande clarté – qui fut détruite et annulée par les critiques imposées par l’Église. Une fois de plus, le Platonisme dut se réfugier dans la clandestinité.

      Pendant ce temps, la philosophie de Descartes revint à la mesure de la raison en s’appuyant sur une méthodologie du doute, dans laquelle la métaphysique fut reprise en compte, mais en étant basée sur le principe de la dualité, avec la séparation du corps et de l’esprit. Cela donna naissance au rationalisme moderne, à travers Spinoza et Leibniz, et à la Philosophie Critique de Kant avec son rejet de la métaphysique comme étant seulement une réalité conceptuelle sans assise réelle au-delà de l’intellect. Après quoi survint en réaction l’impressionnant Idéalisme Romantique Allemand de Fichte et surtout de Hegel. Mais, comme cela est bien connu, cet Idéalisme tendit à se contredire lui-même par son usage d’une terminologie absolue dont la conséquence fut un abandon dévastateur d’un raisonnement sérieux et d’une logique fiable en faveur cette fois d’une attitude individualiste qui rejetait les propositions et les définitions universelles et absolues pour se pencher sur le point de vue de personnes individuelles qui ne peut pas être universel et absolu puisqu’il est au contraire particulier et relatif. Cela donna naissance au mouvement de l’Existentialisme qui établit la prééminence de l’existence [humaine] sur les réalités essentielles universelles [vous savez que le principe de l’existentialisme est que « l’existence précède l’essence]. Ce point de vue devint la question principale de l’Existentialiste Kierkegaard, ainsi que celle du Romantisme tardif qui se manifesta à travers la vision de Schopenhauer concernant la primauté du désir ou de la volonté et de leurs représentations ; cela marqua le commencement d’un mouvement pessimiste qui recherchait l’établissement de la réalisation mystique d’une réalité fondée sur le dogme et sur des règles strictes et qui, en fait, passait à côté de la vraie vie et du contenu émotionnel de la psyché humaine et de l’esprit. Cette doctrine fut suivie d’encore plus près par le compositeur Richard Wagner avec ses intentions héroïques de promouvoir un mysticisme ésotérique [de la mort et] du sang, et elle trouva sa conclusion dans la remise en cause Nietzschéenne de toutes les valeurs.

      Comme je l’ai dit précédemment, le courant de la tradition mystique continua sous la forme de la Kabbale de Pic de la Mirandole, qui fut redécouverte et réinterprétée dans sa totalité par les Ésotéristes Français, Éliphas Levi et surtout le Dr Encausse, qui écrivit sous le nom de Papus. Son interprétation de la Kabbale est sans aucun doute la plus précise, sur le plan métaphysique, et elle s’inspire du Transcendantalisme et de l’Absolutisme de Spinoza basés sur les principes de l’Esprit Unifié. Cette redécouverte coïncida avec l’explosion de l’Ésotérisme qui se produisit à travers la Kabbale Rosicrucienne et la Franc-Maçonnerie (française) originelles, ainsi que la tradition du Martinisme Chrétien, dont le dernier patriarche fut Leo Costet de Mascheville, une autorité mondialement renommée dans la Kabbale mystique et ésotérique, un enseignant reconnu et un maître en métaphysique de l’ascension spirituelle à travers la Connaissance Divine et l’acquisition de la Réalisation Ultime. J’ai eu le privilège de le connaître personnellement, ce qui fut pour moi une rencontre extraordinaire avec un vrai Maître de la Lumière.

      Le fait est que, en même temps que la croissance du mouvement ésotérique français et de ses mouvements équivalents en Angleterre, en Allemagne, en Russie et aux États Unis, où l’incursion du transcendantalisme proposé par les nouveaux Théosophes fut principalement nourri par les travaux de Madame Blavatsky, la théorie d’une race supérieure apparut, avec cette idée qu’une telle race pourrait être programmée et produite scientifiquement pour le développement d’un esprit et d’une attitude de volonté et pour l’accomplissement du « Surhomme ». Cette théorie fut alimentée par les contradictions de base entre les Absolutistes et les Matérialistes spiritualistes avec leurs rêves et leurs utopies au sujet d’un nouvel ordre mondial qui provoquerait l’apparition d’un « Homme Supérieur » complet. Cette théorie fut prophétisée et prêchée d’abord en France, puis elle explosa en Allemagne, continuant ensuite en Russie et dans certaines traditions d’Angleterre et des États Unis qui étaient moins marquées par l’idéalisme.

      J’en suis arrivé à présenter cette esquisse rapide dans le but d’attirer votre attention sur le problème principal dont nous parlons ici et qui concerne l’introduction d’une Connaissance ancienne dans la philosophie Occidentale depuis le siècle des Lumières jusqu’à l’Idéalisme Romantique Allemand, en contraste avec la pensée mystique Russe établie par Tolstoï, Dostoïevski et Soloviev. Le fait est une nouvelle fois que toute cette évolution ésotérique et cette explosion en Europe eurent pour conséquence les deux guerres les plus désastreuses au nom de doctrines et de positions politiques catastrophiques : non seulement la guerre a détruit l’Europe, mais elle a révélé en même temps l’effondrement total de la pensée Occidentale, de la métaphysique et de toute compréhension de la réalité, basée sur la vision du progrès et d’une prospérité éternelle offerts à une société et une culture raisonnables et civilisées. Cette absence totale de capacité à saisir ce qu’est la vraie transcendance eut donc pour résultats de provoquer les tragédies dont furent victimes notre culture et notre civilisation, avec en prime l’Holocauste comme dernière preuve de notre irrationalité et de notre incapacité flagrante à vivre la transcendance.

      Avec cet effondrement total, après la guerre, les doctrines de l’Existentialisme Français et de la Phénoménologie Allemande apparurent comme un vrai réconfort dans la dévastation, parce que ces nouvelles philosophies analysaient l’existence comme n’ayant pas de conséquence nécessaire et déclaraient que l’analyse de l’existence elle-même était absurde parce que l’existence devait exister pour elle-même et que, parallèlement, on devait avoir la force de contempler le « néant » ; de cela résulta une liberté absolue qui n’était pas construite, ni formée ou imposée par des compromis sociaux.

      Le débat concernant cette liberté fait désormais partie de notre monde actuel, et les noms de Wittgenstein, Sartre, Heidegger et Derrida doivent nécessairement être cités si nous avons l’intention de trouver un système métaphysique qui s’inscrit dans une nouvelle analyse. C’est bien ce que j’ai proposé avec l’analyse Trialectique, une analyse du processus de la réalité complète. Cette réalité est la base de l’enseignement Protoanalytique, une analyse du Prototype humain s’appuyant sur de stricts principes scientifiques, métaphysiques, théologiques et théosophiques.

      Ces systèmes originaux de la Trialectique et de la Protoanalyse que je propose sont rassemblés dans la structure du Scarabée d’Arica, composé de dix-huit sphères d’Existence, de Connaissance et d’Immortalité, contenant dix-huit ennéagrammes spécifiques qui décrivent le processus humain à partir de sa structure organique objective de base jusqu’à son niveau d’accomplissement humain le plus élevé.

      Comme l’auditoire peut s’en rendre compte, les gens qui ont pris ma théorie de l’ennéagramme à ses débuts, c'est-à-dire pendant les années 70 lorsque je ne faisais que commencer à la présenter, n’avaient pas la moindre compréhension de mes intentions et, il est juste de dire qu’ils ignoraient l’intégralité des éléments constitutifs de cette théorie, ainsi que leur fonction en tant qu’opérations qui peuvent être représentées dans notre esprit. Pour établir une compréhension fondamentale de l’ennéagramme, les sphères qui se rapportent aux trois Instincts doivent être clarifiées en premier, aussi bien que les effets existentiels de ces fonctions vitales liées aux besoins essentiels de notre survie et par conséquent à la formation de notre caractère moral et intellectuel.

      Ce qui en découle est une clarification radicale de notre structure interne au moyen d’expériences claires qui sont définies dans ce système ennéagrammatique ; celui-ci admet les corrélations intégrales de fonctions et d’opérations psychiques que n’importe quelle vraie formation à l’éveil de la conscience et à l’illumination exige, dans la seule perspective d’offrir à notre culture une Philosophie Intégrale aux fondements scientifiques et à la présentation métalogique, comme c’est le cas dans le Travail de l’École Arica. [Je rappelle ici qu’Arica est une association sans but lucratif reconnue d’utilité publique aux USA et qu’un prix a été décerné à Ichazo par des personnalités de l’ONU pour la valeur éducative de ses travaux].

      Pour répondre à la question sur le manque de source sérieuse, ceux qui se sont contentés de prendre le début de mes travaux sur l’ennéagramme ont développé des méthodologies erronées et réalisé des typologies inconsistantes qui, dans la mesure où elles ne sont pas basées sur des principes épistémologiques clairs, ne reposent pas sur de vraies méthodes de travail ou de pratique véritables et échouent à devenir intégrées organiquement parce que leur travail n’a pas de finalité réelle. Le seul vrai but du travail de l’ennéagramme est d’entrer dans la voie de l’illumination et de la liberté comme seule finalité de notre évolution commune, notre objectif le plus précieux étant de constituer une humanité unie, c'est-à-dire, comme nous le disons dans Arica, l’Humanité-Une.

      Le fruit du travail Protoanalytique de l’ennéagramme est une psychologie dotée d’un diagnostic établi scientifiquement qui repose sur des principes, des fonctions et des relations qui opèrent en accord avec la réalité et les conditions pratiques de la vie quotidienne en société. Ce qui en résulte est une amélioration et une clarification notoires de l’ensemble de notre réalité, physique, psychique, mentale et spirituelle. L’acquisition et la mise en valeur de ces paramètres humains contiennent en elles-mêmes le message fort selon lequel, en parvenant à connaître notre Véritable Réalité, nous nous éveillons à des niveaux encore plus élevés de plénitude humaine en acquérant, pour le bénéfice de nos sociétés, de notre culture et de notre civilisation globale une nouvelle position basée sur ce qu’est la Personne Complète, un individu intégral, ayant atteint la liberté totale que donnent la Connaissance et la Sagesse Pures.

    QUESTION 2
      L'Ennéagramme est souvent présenté de façon totalement aseptisée sur le plan spirituel. Par peur (en particulier dans le monde de l'entreprise) ou simplement par manque de connaissance réelles. Comment positionnez-vous l'Ennéagramme dans la lignée des enseignements spirituels ?

    Oscar Ichazo
      Le fait que l’ennéagramme soit souvent présenté de manière aseptisée sur le plan spirituel provient d’abord de l’idée fausse selon laquelle ce travail de l’ennéagram-me serait surtout un recueil de recettes à propos de techniques et de méthodes applicables immédiatement dans le monde de l’entreprise. Ce type de travail n’a pas de vraie base, de vrai fondement pour donner une compréhension claire de ce que les applications de l’ennéagramme signifient vraiment. Et c’est ainsi que le produit de caractéristiques improvisées et inventées sur le moment à propos de l’ennéagramme est on ne peut plus vague et incohérent. La lecture et l’interprétation popularisées de la personnalité de célébrités, par exemple, ne produit d’autres résultats que la cristallisation de l’ego. La véritable intention du travail de l’ennéagramme est tout autre : c’est la croissance et la maturation intérieure de la Vérité, du Bien et de l’Unité Parfaite du UN qui est en nous
    [on peut dire aussi – là, c’est moi qui parle – du « Je suis », comme on le fait dans certaines formes du vocabulaire spirituel ou mystique].

      Autrement, le processus est linéaire, au mieux relatif, et il ne fait que produire systèmes de croyances sur systèmes de croyances qui ne conduisent nulle part.

      Quant à la « peur » que vous évoquez vis-à-vis de l’aspect spirituel impliqué dans cette Connaissance, elle ne concerne pas le système Arica parce que ce système tout entier contient des définitions claires et complètes, des paramètres et des structures qui sont scientifiques et objectifs parce qu’ils visent, précisément, à transformer la subjectivité des gens et à leur permettre de se développer spirituellement sans compromettre leur liberté individuelle. Cela constitue la base sur laquelle tous les principes d’Arica sont établis.

    QUESTION 3
    V  ous êtes un pionnier dans l'utilisation de l'Ennéagramme, sous sa forme actuelle, que beaucoup tentent d'imiter. Nous vous devons pour cela reconnaissance, gratitude et respect. Même si les apprentis d'aujourd'hui ne sont pas souvent à la hauteur de ce qu'ils enseignent, auriez-vous des conseils à leur donner pour éviter les erreurs les plus importantes, pour ne pas dénaturer ce que vous avez transmis à travers vos ouvrages ou vos cours ? Par exemple, ce que vous conseillez d'étudier en parallèle, etc...

    Oscar Ichazo
      Les réponses aux questions précédentes couvrent cette troisième question. La seule étude suggérée serait de s’impliquer soi-même dans les enseignements et les pratiques de l’École Arica et dans l’effort commun d’apporter à notre culture et à notre civilisation des méthodes scientifiques et une métaphysique transcendante.

    QUESTION 4
      ARICA semble être un lieu secret, à l'image des écoles des Mystères d'autrefois. Cela participe-t-il de votre manière d'enseigner qui veut que l'on ne dévoile qu'à celui qui le mérite ce qui est le plus important dans un ordre précis ?

    Oscar Ichazo
      L’École Arica est un processus complètement ouvert, basé sur une éthique et des principes démocratiques, où tout le travail est disponible pour n’importe quel praticien sérieux à quelque niveau que ce soit.

      Tout individu qui est intéressé par le Travail de l’École est considéré comme ayant l’orientation nécessaire pour entrer dans ce Travail quel que soit le niveau qu’il choisisse. Le matériel théorique, les pratiques de méditation, les formations de groupe et les groupes d’études sont ouverts à tous. [J’ajouterai ici en mon nom que les seules limitations existant actuellement sont liées à la taille des groupes d’Aricains existant dans le monde, dans chaque pays ou région, et à la traduction du matériel pédagogique qui est encore limitée en France et dans certains pays].

      (Les ateliers développés actuellement à Paris 11 utilisent des traductions et du matériel pédagogique disponible, et constituent, nous le souhaitons, les prémisses d'un nouvel essor).

    QUESTION 5
      Comment voyez-vous le développement futur de l'Enseignement de l'Ennéagramme ? Et que pensez-vous des liens qui sont faits avec d'autres approches humanistes qui tentent, faute de connaissances suffisantes, de trouver le moyen de dépasser l'ego dans sa "typologie".

    Oscar Ichazo
      Très simplement, je vous dirais que l’ego n’a pas besoin d’être « dépassé », mais intégré, transformé et transcendé dans un processus quotidien de compréhension, de maturité et de prise de conscience. Sans l’approche clairement définie de la Méthode Arica, l’ego se cristallise sans possibilité de transcendance et de liberté. C’est pourquoi les enseignements futurs de l’ennéagramme devraient consister à fournir une méthode intégrale pour que l’humanité puisse atteindre son potentiel le plus élevé pour le bénéfice de tous.

    QUESTION 6
      Quelle est la question la plus importante que je n'ai pas posée ?

    Oscar Ichazo
      Toute doctrine propre à notre époque qui s’engage dans une vraie prise de conscience et un développement responsable de notre Moi Intégral doit être historiquement cohérente et répondre à la plus importante question, en réalité la seule question, qui se pose pour nous et qui est:
    « Comment pouvons-nous devenir une humanité unie, ce qui constitue, comme nous le disons dans l’École Arica, notre but le plus précieux, celui de l’Humanité-Une ? » Tel est le seul but que le travail de l’ennéagramme peut avoir et la seule question qui doit être posée pour résoudre les problèmes de survie, de dignité et de bonheur qui sont ceux de tous les êtres humains.

     Merci pour cette excellente occasion que vous m’avez donnée d’évoquer les problèmes critiques auxquels nous faisons face en tant qu’humanité dans le besoin de redécouvrir nos vraies racines et de parvenir à une Connaissance Universelle et à l’Illumination pour le bénéfice de tous.

     

    Oscar Ichazo.

    Traduction française réalisée par une équipe constituée d’Anne Shirley, Claude Gervais, Jean-Baptiste Merlin et Olivier Clouzot, sous la direction de Michel Grandguillot.

     

    ©2007 Oscar Ichazo


    [1] Les informations présentées entre crochets sont des commentaires ou des ajouts que j’ai introduits et parfois développés au cours de ma lecture de l’allocution d’Ichazo [OCL]

    [2] NOTE extraite d’une revue juive contemporaine : Les dogmes chrétiens, en centrant le thème de l’Incarnation sur une seule personne (Le Messie), en ont dépossédé, par ricochet, toutes les autres. Remarquons au passage deux choses : cette captation de l’Incarnation par un seul homme, à l’exclusion de tous les autres, est à l’origine du mouvement qui a conduit l’Eglise Romaine à confisquer la totalité de l’Esprit pour elle même, puisque c’est en tant qu’épouse unique du Christ unique qu’elle se prétend incarnation unique d’une vérité totale et unique dont elle serait la seule dépositaire et la seule médiatrice infaillible. Quand elle n’est finalement, en tant qu’institution, qu’une expression particulière et historique – un événement culturel de ce monde. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’aurons assisté à pareille tentative de faire passer un particulier historique pour un universel intemporel, complet et nécessaire. 


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